Il me semble qu'il faut commencer par replacer la citation dans le contexte de l'œuvre.
Cette phrase célèbrissime est la chute du conte, elle se situe donc dans l'état final, penture à l'imparfait de la petite société qui suit le conseil de Martin :
« Travaillons sans raisonner, dit Martin, c'est le seul moyen de rendre la vie supportable ».
Le narrateur énumère donc toutes les activités du groupe, finissant sur cette note :
et Pangloss disait quelquefois à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles : car enfin si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l'amour de Mlle Cunégonde, si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition, si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied, si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron, si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. — Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »
Le sens premier de la phrase est l'équivalent de : bon, j'ai pas que ça à faire, moi... je dois cultiver le jardin. Il s'agit de mettre un terme à la logorrhée de Pangloss.
(Cette phrase fait pendant au travaillons sans raisonner : curieuse conclusion pour un conte philosophique que cette double invite à renoncer à l'exercice de la raison !)
On peut noter aussi l'écho :
— Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. — Vous avez raison, dit Pangloss ; car, quand l’homme fut mis dans le jardin d’Éden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu’il travaillât ; ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos.
Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin.
Une fois bien perçue le sens immédiat, on peut passer aux nombreux sens métaphoriques.