Sachez que je suis tout à fait d'accord avec vous !
Sauf peut-être pour l'anti-romantisme de Baudelaire. Baudelaire est plutôt un romantique en retard comme disait Jean Luc. Ceci dit, il dépasse son romantisme, sa pose, par l'art, effectivement.
Je discutais simplement l'idée qui considérait l'état d'enfance dans la phrase de Baudelaire.
Et je suis d'accord avec votre lecture : l'imagination.
je viens de lire la préface de Chatterton et, effectivement, Vigny la loue avec ardeur.
L'imagination est une donnée typiquement romantique.
Mais l'imagination est-elle le propre de l'enfance ? Je ne le crois pas.
Chez certains enfants, oui, mais pas tous. Petit, j'avais cette inclination à inventer, à créer, découper, etc... Mon frère, jamais. Il n'allait jamais vers les livres, on lui donnait à "imaginer" : on le "poussait" vers l'imagination.
On lui donnait des jouets, on lui donnait des contes à lire.
N'est-ce pas l'adulte qui donne à imaginer, finalement ? Je me pose la question. N'est-ce pas lui qui veut retrouver cet état de virginité en donnant de l'artifice à son enfant ? L'enfance, je crois, est, étymologiquement, "celui qui ne parle pas". Il accueille, j'ai envie de dire.
Cela me fait penser à Rousseau qui, dans l'Emile, invitait les parents à laisser leurs enfants libres de toute inclination.
Si on laisse les enfants libres dans leur soi-disant "faculté créatrice", cela donne des films comme "Sa majesté des mouches".
Un enfant seul peut, peut-être créer : regardez les autistes, pour un cas extrême, comme s'ils comblaient un manque par la création. Mais il me semble que l'autiste est un enfant "dépassé" : parce qu'il a peur de sa propre image envers les autres.
Ce qui me fait revenir à cette idée de masques sur laquelle Elisa me demande des précisions.
En regardant ton reflet dans le miroir, en regardant ton masque, la magie est que tu finisses par en avoir conscience et donc à voir ton âme : en ayant CONSCIENCE de ton masque, de ton image, tu sais pourquoi tu le portes et ainsi tu te connais toi même petit à petit. Connaître ça évite de rechercher ailleurs ce que les adolescents appellent souvent "double" , car... il n'existe pas. Sauf dans les romans de science-fiction où on fait des clones... Et encore, même dans l'Eve Future de Villiers de l'Isle-Adam, le double finit par avoir une "personnalité" (persona : masque) et ne ressemblera jamais à celui ou celle qui le désire... Pour combler un manque d'identité ? Une impuissance ?
Finalement, il me semble que seul l'enfant ne fasse la différence entre la fiction (art) et la réalité ; ceux qui recherchent leur double ne veulent pas sortir de leur enfance : c'est l'enfance retrouvée partout dans le "double". Comme ils sont dans l'ignorance de leur identité, ils cherchent d'autres masques qui viendraient se coller aux leurs. Et ils sautent de masques en masques et les (re)jettent ou les délaissent une fois qu'ils les ont intégrés. D'aucuns appellent cela "les superficiels"... C'est terrible, terrible... Cela me fait froid dans le dos.
En somme, les artificiels sont ceux qui ont la conscience de leur masque.
Les superficiels n'en ont pas conscience : ils vivent à la "surface".
Je ne sais pas si on ressent mon enthousiasme, Alph, mais je dois vous confesser quelque chose :
Je suis en pleine rédaction d'un livre sur tous ces sujets, oui. En parler ici me permet de me remettre en question ; vos avis me sont énormément enrichissants, je ne veux pas être pris pour celui qui vient ici avec ses petits souliers. Je tiens témoigner de ma bonne foi, et ma participation sur ce forum, les anciens vous le diront, a toujours été saluée par mon enthousiasme ! Mais quel succulent mot ! Presque romantique ! 