Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Bonjour,

Je révisais mon plan sur ce poème. (Je le copie/colle):

Que les fins de journées d'automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu'à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n'exclut pas l'intensité ; et il n'est pas de pointe plus acérée que celle de l'Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l'immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l'azur ! une petite voile frissonnante à l'horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu'elles sortent de moi ou s'élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L'énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.
Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m'exaspère. L'insensibilité de la mer, l'immuabilité du spectacle me révoltent... Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L'étude du beau est un duel où l'artiste crie de frayeur avant d'être vaincu.

Je vous donne juste les deux grands axes que j'avais écris:
I) L'expression des sentiments du poète
II) Prise de conscience du poète

Mon problème est le suivant: ce plan est-il trop linéaire? Parce que le texte se divise en ces deux parties... Donc j'ai peur que ça ne marche pas... Un avis?
Merci!

Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Tout dépend, pour une lecture méthodique, un plan linéaire peut être adapté selon mon prof de français, pour un commentaire: jamais...

Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

C'est pour l'oral en fait.
Mais je pense que ces axes montrent vraiment l'intérêt du poème... Donc je suis un peu perdue! tongueSvp  big_smile

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Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Si le plan linéaire est justifié, je ne pense pas que cela causera de problèmes...Tu peux peut-être le préciser dans l'introduction, en disant que tu fais un plan linéaire parce qu'il te paraît analyser au mieux les enjeux du texte...

Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Merci smile

Mais ce plan est donc vraiment linéaire? Parce que dans la mesure où il y a une rupture, je pensais que la meilleure façon de le montrer, c'était de faire un plan avant/après rupture...
:s

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Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Bonjour Yopy,

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Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Bonjour, toujours à propos du confiteor de l'artiste de Baudelaire, je rédige mes fiches pour mon oral de français. Je vous envoie mon travail. Pouvez vous me dire si il manque des choses? Si les grandes lignes ont été évoquées?
Merci d'avance



  • I)    Art Poétique

a)    Mouvement du poème
-    1er § : introduction aux sensations. Dernière phrase : exprime le lien entre cette nature et son intériorité > 3 lignes -  42 mots
2nd § : mouvement ascendant (rêveries devant l’Infini) éloge de la création > 6 lignes – 85
3ème § : mouvement descendant (rêveries douloureuses) rupture > 3 lignes - 39 mots = le plus petit paragraphe du poème. Rend la rupture foudroyante.
4ème § : chute + interrogations (expression de l’échec devant les sensations de l’Infini) >  4 lignes – 64 mots
-    La nature est source d’inspiration lyrique pour Baudelaire

b)    Les rythmes qui créent une musicalité
-    Décasyllabes : « Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! » et  « Ah ! faut‑il éternellement souffrir »
-    Alexandrin : « Nature, enchanteresse sans pitié" et "Cesse de tenter mon désir et mon orgueil »
-    Groupe ternaire « sans arguties, sans syllogismes, sans déductions »
-    Rapprochements de mots proches et de même nature grammaticale : "musicalement et pittoresquement"
-   
c)    La prose
-     initialement la libération des calculs métriques et étonnante par sa gratuité est détournée par Baudelaire qui en constante recherche de nouveauté cherche ici, un effet poétique.
-    Ne pas parler de régularité mais de souplesse particulière de la prose, dans laquelle les énumérations évitent les heurts et créent une impression de sinuosité musicale et harmonieuse des phrases.

  • II)    Les sujets du poème

a)    Un poème Lyrique
-    Un JE qui nous plonge dans l’intimité de ses sentiments
-    Présence du champ lexical de l’intimité : « pénétrantes, sensations, intime, solitude, silence, isolement, pensées »
-    Ici, Baudelaire va nous confier l’allégresse que LE BEAU réveille en lui mais aussi la souffrance qu’il engendre.
-    « Ah ! » ton exclamatif (+ Interrogatif)
-   
b)     Unité thématique
-    Le Beau, la Création et  l’Intime sont pour Baudelaire des sujets important et récurrents
-    Unité thématique de chaque § = on se laisse envahir par les sensations
1er § : douleur délicieuse
2nd § : immensité du beau petitesse de l’homme
3ème § : l’intensité déclenche la souffrance
4ème § : consternation, exaspération
-    Eléments de reprise d’un § à l’autre : «délices»-«délicieuses» = crée une harmonie


  • III)    La Création

a)    L’Impuissance créatrice du poète
-    Confiteor = je confesse. La confession impose que l'on avoue des sentiments intimes, parfois honteux. Connotation religieuse. 
-    La quête de la beauté débouche inéluctablement sur la douloureuse impuissance créatrice : comment rendre avec des mots humains la beauté et l'harmonie profonde perçues intuitivement ?
-    Baudelaire confesse ici son échec dans la quête de déchiffrer le monde qui l'entoure et de le retranscrire avec des mots → confession = connotation religieuse. Cela donne de l'importance à cette quête artistique de la beauté en la comparant à une religion.
-    Sa condition d’homme ne lui permet pas de résister à l’Infini : existence finie et limitée. De plus Baudelaire est un homme hypersensible qui ne résiste pas de résister à la beauté.
-    Baudelaire s’avoue faible et incompétent

b)    Affrontement métaphysique Nature-Poète
-    Cherche à créer à travers ce poème le BEAU pour essayer de se placer à la hauteur de l’infini, de l’idéal (la Nature). 
-    Pour lui la nature est belle mais sa condition ne l’est pas.
-    Il semble demander pardon à dieu et aux hommes pour son impuissance créatrice : « Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! »
-    figure antique de Prométhée (créateur des hommes)
-    le lecteur assiste à un retournement de situation entre le début du poème où la nature est idéalisée ("Grand délice"...)où le poète est en harmonie parfaite avec elle et la fin du poème où la nature est présentée comme un être "sans pitié" une "rivale toujours victorieuse".
-    La nature est personnifiée.
-     Au début du poème, la nature et sa beauté sont comprises et ressenties par Baudelaire, alors que dans la fin du poème nous pouvons ressentir une incompréhension.


Ainsi, avec le poème " Le Confiteor de l'Artiste", Baudelaire nous confesse ses états d'âme d'artiste qui ressent intensément la beauté du monde et se sent en harmonie parfaite avec celle-ci qui mais ne peut parvenir à la déchiffrer et à la décrire avec des mots. C'est donc ici l'expression d'un échec, échec du langage à traduire la beauté d'un monde idéal. Le spleen a pris le dessus sur l’idéal.
Mais l’œuvre du poète existe malgré tout ce qu’il peut en dire, l’ingéniosité de ce poème en prose ne peut-elle pas être qualifiée de créatrice ?

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Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Bonjour, j'ai un devoir à rendre en histoire littéraire (licence lettres modernes). Le poème étudié est "le confiteor de l'artiste" de Baudelaire.

Le « Confiteor » de l'Artiste
Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.

Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.

Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.

Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.
Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris

Le sujet du devoir est le suivant : Vous montrerez grâce à une analyse composée comment ce texte de Baudelaire met en scène la question des postures, des scénographies et des poétiques chère à l’écrivain du XIXe siècle.

Première question : Une analyse composée et un commentaire composé, c'est la même chose ?
Ensuite, j'ai des milliers de choses à dire sur les postures des écrivains du XIXe et plus particulièrement Baudelaire, mais j'ai du mal à faire un plan cohérent (je crois que c'est le fait d'avoir une pré-grille de lecture imposée par l'enseignant. Je préfère quand on me demande simplement un commentaire composé en me donnant juste le poème à étudier, sans directive).
Je ne sais pas si je dois uniquement me focaliser sur les postures, ou si je dois également étudier le poème en tant que tel.
Ma première ébauche de plan :
I) Poète "interprète de la nature"
Poète seul à entendre ce qui est inaudible à l'homme ordinaire. Sujet lyrique qui se pose dans la contemplation. Thème de la nature, des saisons, de l'automne en particulier qui est la mort symbolique de la nature et fait écho à la mort symbolique du poète.
II) Poète maudit
Isolé, comme le bateau qu'il voit au loin. Il entrevoit dans la nature le reflet de sa propre existence.
Les choses pensent par moi, ou je pense par elle => Baudelaire ne sait plus vraiment s'il est réceptacle (de la muse?) ou créateur. Le "moi" sujet devient objet.
III) Poète souffrant
Question rhétorique « faut-il éternellement souffrir ? » posture du poète souffrant. L'artiste crie avant d'être vaincu = poète vaincu par son art , victime de sa passion= Pygmalion (?).La dernière strophe devient antagonisme de la première = tout ce qui inspirait devient souffrance créant impossibilité à créer. Inspiration créatrice parfois destructrice. Mais la souffrance est aussi la légitimité du poète.

J'ai un autre souci, je ne sais que faire du titre. Il ne parle pas de la confession d'un poète, mais de celle d'un artiste. Or, au XIXe, se dire "artiste" c'est déjà une posture en soi, différente de la posture de poète.

Pensez-vous que je sois hors sujet ? J'ai l'impression de ne traiter qu'une partie de la consigne.
Merci.

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Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Avant de répondre à la question posée par le sujet, quelques repères :

Le titre : Le confiteor de l'artiste : : "je proclame solennellement ..." Sorte de confession de foi, de credo.
Ce poème en prose va, de façon ambiguë, traiter de l'idéal artistique et des insuffisances.
On retrouve l'opposition : extase/détérioration et crise nerveuse. Création/douleur.
Les thèmes traités : le paysage changeant dans lequel l'artiste se perd. La lutte (biblique) avec l'ange.(duel où l'artiste crie ...)
Et toutes les oppositions (dualité) : dedans/dehors -Ciel/mer-Jouissance/souffrance-
Et les correspondances encore et toujours : la vue, l'ouïe (vibrations criardes) Musique et peinture .

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Baudelaire, Le Confiteor de l’artiste

Lors de ma première (et deuxième) lecture du texte, j'avais noté ces choses là. J'avais également noté les champs lexicaux, les rythmes...etc Le souci c'est que je n'arrive pas à faire correspondre toutes mes notes avec le projet de lecture de ma prof.
Mais merci Floreale, parce que ça me confirme que ma lecture du texte, pour un commentaire composé "simple" était plutôt juste. Et comme j'ai d'autres devoirs, pour d'autres cours, c'est encourageant.