41

Nature et fonction de "que"

Je ne sais pas s'il s'agit d'un complément de propos, mais cette solution me semble plus acceptable que celle du complément de détachement. Remarquez que depuis le début de cette conversation, on a eu droit à tout: la proposition complétive, la proposition relative et enfin la proposition circonstancielle [j'aurais aimé caser un émoticone ici, mais ils sont vilains vos émoticones] !

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Nature et fonction de "que"

Je lis avec étonnement dans Jean Christophe: "Mais celui qui porte en lui le soleil et la vie, qu'irait-il les chercher en dehors de lui ?"
J'ai l'impression que Romain Rolland a trouvé trop lourd d'écrire pourquoi, mais l'abréger en qu' produit un certain trouble à la lecture. On a d'abord l'impression que c'est un pronom. 
On peut penser qu'il a cherché un effet d'exclamation. Mais à quoi bon aurait fait l'affaire.
Qu'en pensez-vous ?

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Nature et fonction de "que"

C'est un que adverbial : dans la langue classique que correspond à l'adverbe interrogatif pourquoi
Que ne me disiez vous que vous m'aimiez ?

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Nature et fonction de "que"

Mais il me semblait que ce "que" employé ainsi ne pouvait l'être qu'avec une négation.
Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts

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Nature et fonction de "que"

Je ne vois pas d'interrogation dans cette citation. Il s'agit d'exprimer un souhait ou un regret. Et il n'y a pas besoin de négation : "qu'il vienne !"

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Nature et fonction de "que"

Je suis fatigué, c'est un peu hors sujet, il est vrai.

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Nature et fonction de "que"

Je suis d'accord sur le que adverbial. Mais il porte sur le verbe aller uniquement, ce qui scinde la locution verbale "aller chercher". Quand on dit "Que va-il chercher ?", le même sujet va et cherche.

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Nature et fonction de "que"

Lucretius a écrit :

Mais il me semblait que ce "que" employé ainsi ne pouvait l'être qu'avec une négation.
Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts

Exact.

Nature et fonction de "que"

Même si le cas est rare, il semble bien que dans ce tour classique,
"que = pourquoi" puisse s'utiliser sans négation.
Un autre exemple, trouvé dans le TLF :
"Qu'allons-nous visiter sa cellule! Elle est vide." (SAINT-EXUPÉRY)
Un autre encore dans le Petit Robert :
"Qu'avez-vous besoin de tant de conserves ?" (DAUDET)

Le Robert des Difficultés signale certes qu'il est "en général" accompagné de "ne",
mais qu'on le rencontre "exceptionnellement" sans ce mot. Et de citer Montherlant :
"Si vos conclusions ne valent que pour vous, que nous ennuyez-vous avec elles ?"

Putakli a écrit :
Je suis d'accord sur le que adverbial. Mais il porte sur le verbe aller uniquement, ce qui scinde la locution verbale "aller chercher". Quand on dit "Que va-t-il chercher ?", le même sujet va et cherche.

Ce que adverbial est un adverbe interrogatif.
Et dans ce cas, l'interrogation s'applique au sens de la phrase entière,
et non au seul premier verbe.
Un adverbe ne modifie pas forcément un seul mot.
L'interrogation de son équivalent pourquoi porte lui aussi sur toute la phrase :

"Mais celui qui porte en lui le soleil et la vie, qu'irait-il les chercher en dehors de lui ?"
"Pourquoi irait-il les chercher en dehors de lui ?"
"Il irait les chercher en dehors de lui ? Pourquoi ?"

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Nature et fonction de "que"

L'adverbe interrogatif permet de bien comprendre la phrase de Romain Rolland. Je suis moins convaincu par les exemples choisis pour l'usage sans négation, où je vois une part d'interjection.
Dans l'exemple "Qu'allons nous visiter sa cellule! Elle est vide"., il y a un point d'exclamation. On pourrait décomposer ainsi: "Quoi ! Allons nous visiter sa cellule ? Elle est vide."
Dans l'exemple "Qu'avez-vous besoin de tant de conserves ?" il y a un point d'interrogation, mais on pourrait également décomposer: "Quoi! Avez-vous besoin de tant de conserves ?"
Autrement dit, j'ai l'impression qu'en un seul mot, "que" condense l'interrogation et sa réponse exclamative.