Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

Je ne comprends pas vraiment le sujet, je voudrais un peu d’aide. Merci d’avance.

Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

Ce sujet est déconcertant, il faut l'avouer !
Mais peut-être qu'en mettant au jour le paradoxe qu'il recèle, parviendras-tu à traiter ton sujet.
En effet, le théâtre tragique est le théâtre de la fatalité, qui met en scène (ou plutôt ne met pas en scène !) une puissance supérieure qui détermine le destin des protagonistes.
Le héros est une figure surhumaine, maîtresse des rênes de sa destinée. Pense à Hercule qui un jour pointa ses flèches sur l'astre solaire et menaça de l'éteindre s'il ne cessait pas de l'éblouir. Le héros commande aux éléments, exerce un plein empire sur soi.
Comment ces deux principes dominants (le Fatum et le héros) peuvent-ils cohabiter ? L'un ne cèdera pas à l'autre !
C'est pourquoi le théâtre tragique s'est débarrassé des héros ; il ne trouve son essence que dans le bouleversement des destinées, dans la manipulations d'êtres par définition incapables de renverser le cours des choses.
Mais avec le théâtre tragique, n'assiste-t-on à la naissance d'un nouveau type de héros ? Œdipe me semble être un bon exemple de ce genre de personnage : sa destinée est écrite, ses infamies sont prêtes, il n'a plus qu'à les accomplir dans une sereine inconscience... et pourtant son dernier geste, une fois que sa déchéance est consommée, sera de se crever les yeux, sponte sua... Le dernier mot lui revient, aussi dérisoire soit-il.

Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

Hub t'a déjà bien répondu. Le sujet est difficile, je ne peux pas t'aider plus qu'abonder dans le sens de Hub.

Je te conseille par contre une bonne lecture pour ton sujet : "Morales du grand siècle" de Paul Bénichou (disponible en Folio) qui analyse justement la figure du héros classique chez Corneille jusqu'au retrait du héros qui ne peut plus exister face à la fatalité (Racine par ex.). Lis en particulier le chapitre "La démolition du héros".

Bon courage !

Lothar

Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

Je te propose un plan pour ton sujet. Dis-moi ce que tu en penses (toi ou n'importe qui d'autre d'ailleurs...). Je l'ai fait assez vite ; tout au mieux aura-t-il le charme de la spontanéité ;-)

I- Théâtre tragique et fatalité
     1) une fatalité extérieure aux personnages (analyser la présence des Dieux, qui n'apparaissent pas directement, mais s'expriment par le truchement des prêtres ou des hérauts. Cf. Iphigénie de Racine, et tout particulièrement la scène qui clôt la pièce : Ulysse qui est le messager d'un Destin finalement favorable à la fille d'Agamemnon).
     2) la "chaîne tragique", qui fait des personnages du théâtre non des êtres à part entière, mais des simples maillons d'une chaîne nécessairement tragique. Cf. l'exemple canonique d'Andromaque : Andromaque reste fidèle à la mémoire d'Hector, ce qui frustre le désir de Pyrrhus. L'amour de Pyrrhus pour Andromaque désespère Hermione qui aime Pyrrhus, et est aimée d'Oreste. La douleur d'Hermione lui fait réclamer à Oreste la mort de Pyrrhus. Oreste s'exécute et exécute (précisément !) Pyrrhus, mais il ne recueille que la haine d'Hermione. Oreste sombre dans la folie. La pièce est donc bâtie sur une juxtaposition d'amours non partagées et que seule la mort résoudra.

II- L'impossible affirmation du "héros".
     1) Prédestination du personnage : Oedipe, dont le destin est écrit, ne vit que dans l'attente inconsciente de la consommation de ses infamies.
     2) Les "coups du sort" (importance du hasard, qui donne l'impression "réaliste" que le personnage aurait pu échapper à son destin). Cf. le théâtre de Hugo : Hasard, la présence de Gennaro au banquet funèbre qui rend involontaire le meurtre du fils par la mère (lucrèce Borgia).

III- La naissance du "héros tragique", dont la grandeur naît de la destruction nécessaire à laquelle il est voué.
     Là je suis en panne d'arguments ! Je compte sur vous !

Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

petite remarque : le conseil de Lothar est excellent. L'ouvrage de paul bénichou est une référence incontournable.
bon courage !

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Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

J'ai quasiment le même sujet mais avec une restriction : pourquoi le théâtre tragique MODERNE s'est-il débarrassé du héros (au profit donc de personnages ordinaires).
Voilà, si quelqu'un avait une piste pour cette restriction qui je dois dire ne facilite pas la tâche !

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Pourquoi le théâtre tragique s’est-il débarrassé du héros ?

Bonjour,

Il te faudrait d'abord définir précisément ce qu'est le théâtre moderne : celui du XXe siècle ? De l'après-guerre ?...
Ensuite il n'est pas vrai que le théâtre tragique moderne se soit toujours débarrassé du héros : regarde chez Claudel, Montherlant ou chez Giraudoux, même si les personnages sont plus proches de nous.
Je pense que les raisons essentielles sont la désacralisation de la scène (le théâtre moderne n'aime pas beaucoup la transcendance et se passe de la présence des dieux) et le désir de permettre l'identification avec des héros (mais s'agit-il encore de héros) plus proches des spectateurs.
Une autre raison encore est l'engagement politique. C'est vrai pour Sartre, un peu moins pour Camus. Dans cette volonté de garder une fatalité simplement humaine, la tragédie moderne s'est diluée dans le drame ou le théâtre de l'absurde.

Compare utilement l'Antigone de Sophocle et celle d'Anouilh par exemple.