Le champ notionnel de la femme en ancien français
Un peu essouflée sur la fin j'ai bien peur que l'étude de mes deux derniers mots ne soient pas corrects. J'y ai travaillé toute l'après-midi et cela fait deux semaines que je fais mes recherches et que je tente de faire quelque chose de construit car ceci est mon premier devoir sur le champ notionnel en ancien français. Ce dont je suis le moins sûre c'est la réflexion sur oisel et dame, car je ne l'ai pas trouvé dans un quelconque livre mais j'ai moi même forgé cette hypothèse, peut-être pourra-t-elle être confirmée ou infirmée par quelqu'un qui connaît un peu ce domaine...
Je n'ai pas eu le courage encore de relire pour les fautes alors n'y faites pas trop attention, de plus je pense que comme d'habitude il va falloir pallier à un gros manque du sens de l'expression.
Peut-être que je mériterais également des conseils sur la mise en forme en général de ce devoir, car nous n'avons eu aucune directive méthodologique... (enfin comme souvent à l'Université...)
Voilà mon devoir, je vous le donne en entier histoire que vous compreniez tout.
Le champ notionnel de la femme : feme, fame, femme
Étudier le champ notionnel de la femme dans les huit premiers chapitres de Aucassin et Nicolette :
I) ÉTYMOLOGIE DU MOT FEMME
Le mot femme est un nom féminin issu de l’indoeuropéen °dhè- qui pourrait signifier “sucer, téter”. Cette racine indoeuropéenne semble avoir été à l’origine de beaucoup de mots de la langue latine dont femina qui a le sens de “femelle d’animal” en se joignant à un substantif masculin ou féminin désignant un animal pour désigner le sexe comme dansagnus femina (Loi de Numa). C‘est pourquoi tend-on à distinguer mulier et femina cependant souvent joint à uxor, coniux ou matrona comme dans le procès de Verrès par Cicéron eius uxor, femina primaria, femina en est arrivé à désigner la femme au sens de la compagne de mari . Femina a ensuite concurrencé le mot mulier qui a donné en italien moglie et mujer en espagnol ainsi que uxor qui signifie épouse.
II) EN ANCIEN FRANÇAIS
Connu depuis la fin du Xe siècle et l’on peut le retrouver par exemple dans la Chanson de Roland vers 1080 ce mot a coexisté avec les mots moïllier issu de mulier et oissour issu de uxor.
Femme ves la fin du Xe siècle était utilisé pour désigner un être humain de sexe féminin et s’est même employé comme à son origine en latin pour désigner la femelle de l’animal. Le sens d’épouse est lui aussi attesté dès 1080 et il est continué par le sens argotique de “maîtresse” de partenaire sexuelle.Le mot femme dans Aucassin et Nicolette ne s’aplique d’ailleurs jamais à Nicolette et semble être utilisé en tant que synonyme du mot mollier et espouse (Chapitre VIII l.28) comme à la ligne 35 du deuxième chapitre ou à la ligne 12 du troisième chapitre. Peut-être est-ce parce que le personnage de Nicolette n’est vu qu’au travers de la parole amoureuse de Aucassin ou de celle du conteur qui veut mettre l’accent sur le fait qu’elle est plus considérée et utilisée en tant qu’objet d’amour et non pas en femme en tant que telle. De plus ce mot femme est utilisé pour les autres femmes seulements citées dans le texte comme évantuelles épouses, celles dont Aucassin ne veut pas. Ainsi il est tentant de dire que l’image faite de Nicolette est l’image de la femme courtoise exagérée dans son rôle de femme qui n’est pas l’épouse de son amant si l’on considère que très tôt femme à été synonyme d’épouse.
III) ÉVOLUTION JUSQU’AU FRANÇAIS MODERNE
Aujourd’hui encore le mot femme désigne une personne de sexe féminin ou l’épouse aussi dans les cas où le sens peut être ambigu lorsque l’on désire l’utiliser dans le sens d’épouse rajoute-t-on un adjectif possessif “ma, sa femme” ou utilise-t-on le tour “La femme de Pierre”.
Ce mot a beaucoup été utilisé dans des paradigmes syntaxiques au cours des siècles reflétant le statut de la femme dans la société. Ainsi par exemple le mot “bonne femme” désignait jusqu’au XIXe siècle une femme pleine de bonté ou une femme un peu âgée, en 1926 en argot ce syntagme est devenu un équivalent familier de femme mais il semble que seule l’idée de femme un peu âgée soit restée dans le langage courant voire familier et qu’il se soit même teinté d’un accent péjoratif. De nombreuses locutions depuis le XIXe siècle ont utilisé le mot femme comme “maîtresse femme” (1865) “femme de lettre” (1872) ou bien encore “femme enfant” en 1781, allant même jusqu’à “femme-objet” en 1960. Enfin le mot femme entre également dans la composition de syntagmes désignant des professions liées aux activités ménagères comme “femme de chambre” (1680), “femme de charge” (1680), “femme de ménage” (1835) ou bien encore “femme de service” ou “sage-femme”.
IV ) PARADIGMES MORPHOLOGIQUES
En regardant le Robert, dictionnaire historique de la langue française sous la direction de Alain Rey, il est facile de se rendre compte à quel point l’arbre généalogique de ce mot est ramifié. Ainsi en restant dans la branche du mot femme en ancien français la ramification est là aussi intéressante. Tout d’abord, du sens originel latin du mot femina et synonyme de femme dans l’une des acceptions du terme en ancien français femele signifie femme ou femelle ce qui a donné les adjectifs femelin (1220) ou femenin (XIIe siècle) qui peuvent être traduits par le fait d’être empreints de féminité, féminin ou efféminé. D’autre part les noms femerie (feminin, 1160), femeleté (féminin, 1260) et féminage (masculin, 1260) désignent soit la féminité soit probablement par métonymie le sexe féminin. Enfin le nom féminin femenie (1160) peut lui désigner soit le sexe féminin soit le royaume des femmes par synecdoque peut-être.
V) PARADIGMES SÉMANTIQUES
En concurrence avec le mot femme/fame/feme l’ancien français utilise beaucoup de mots. Grâce à l’expansion du roman courtois qui donne une place particulière à la femme, de multiples synonymes et nuances.
1) Dans Aucassin et Nicolette
Les mots qui désignent exclusivement Nicolette.
Nicolette est principalement désignée par le mot “amie” dans différents syntagmes nominaux tels que “ma (tres) douce amie” par exemple à la ligne 39 du chapitre II. Le mot “ami” est issu du latin amicus qui est lui-même à l’origine en latin issu du verbe amare. Il est ainsi possible de voir se profiler une définition incluant plus d’intimité que le sème qu’il prend aujourd’hui car il est effectivement plus utilisé dans le sens de l’amitié que dans le sens de l’amour — au XVIIe siècle ce mot sera même employé pour désigner une personne à qui nous ne sommes par réellement liés par l’amour ou l’amitié mais un lien d’intérêt. En ancien français du XIe siècle jusqu’au XVIIe siècle le terme d’ami pouvait signifier “amant” aussi dans ami par amour qui s’est dit de l’amant d’une femme mariée (v.1430) il est possible de reconnaître le sens sous-jacent de l’amant et de la maîtresse. Au féminin amie est utilisé dans la littérature médiévale avec deux valeurs, celle de l’amitié et celle de l’amour. Ce mot a donné des acceptions amoureuses importantes telles que Belle amie (v.1130) qui était d’abord l’appellatif de d’affection, puis au sens de maîtresse, il est un terme courtois d’importance avoir belle amie signifiait en effet séduire ou avoir une maîtresse, cet emploi a été peu à peu moins usité jusqu’au XVIIIe siècle mais reste connu par allusion médiévale. Avec le possessif mon élidé ce mot a donné des termes comme m’amie ou m’amie qui est un appellatif de tendresse voire d’affection sorti d’usage mais encore connu alors que le masculin est demeuré régional. Ami a eu des dérivés qui ont aujourd’hui disparu comme amiet qui signifie “petit ami ou amant”.
Mescine est aussi un mot du champ notionnel de la femme qui désigne Nicolette à la ligne 5 du chapitre V par exemple. Ce mot qui vient de l’arabe meskin qui signifie pauvre et qui en ancien français signifie “Jeune fille”, “Femme ou fille de naissance noble” ou bien encore “servante” et exclusivement utilisé pour désigner Nicolette, il disparaît aux alentours du XVIe siècle. L’origine du mot tend à mettre en valeur l’aspect mésaventureux de la jeune fille, cependant le fait que ce mot puisse désigner autant une fille de noble naissance qu’une servante permet, peut-être, à l’auteur de mettre l’accent sur le fait que cette jeune fille est d’une naissance inconnue et qu’il savère à la fin que celle-ci est issue d’une famille royale. Plus tard ce prendra la connotation première et abandonnera définitivement le sens de noblesse. En effet, ce mot donna naissance au mot français moderne “mesquin(e)”, il est emprunté soit à l’italien meschino signifie “qui manque de noblesse”, soit à l’espagnol mezquino (v. 950) “pauvre, indigent” puis aussi “chiche, ladre“ vers 1645. Ainsi petit à petit ce mot à pris de plus en plus une connotation péjorative, ainsi celui qui “manque de grandeur” au sens figuré, a très tôt pris le sens de “ladre, un peu avare” également aux alentours du 1645.
Le mot fillole signifie “celle qui à été tenue sur fonts batismaux”, issu du matin classique filiolus qui signifie “fils chéri ou en bas âge” et qui est le diminutif de filius. Il est très intéressant de voir que ce mot a la même origine que fille/file, cependant ce dernier mot n’est pas utilisé pour Nicolette.
Les mots qui désignent les autres femmes :
Contrairement à Nicolette, les autres femmes sont désignées différemment.
Il y a tout d’abord les femmes que Aucassin pourrait prendre pour épouses. En effet, le mot file dans Aucassin et Nicolette fait toujours référence au haut lignage comme dans il n’a si rice home en France, se tu vix sa fille avoir..., c’est pourquoi ce terme ne s’applique pas à Nicolette. Ce mot a gardé son sens latin de filiation, il s‘emploie donc par extension au sens de descendance comme au deuxième chapitre Il n‘avoit nul oir, ne fil, ne fille. Ainsi, si ce mot a pu prendre le sens de haut lignage, c‘est qu‘à l‘époque des romains les patriciens — c‘est-à-dire “ceux qui ont des pères“ — étaient les seuls dont le lignage était important, parce que Nicolette est d‘un lignage inconnu elle n‘est pas considérée comme une personne de haut rang, elle reste aux yeux de tous une caitive sans père ni mère.
Tout comme le mot fille qui désigne une personne de haut lignage les mots femme et dame ne sont pas de ceux utilisés pour désigner Nicolette. En effet, le mot dame étant issu de l’indo-européen °DEM- qui signifiait “maison” ce qui donna domus “la maison” en latin puis Dominus “le maître de maison” dont le féminin était Domina contracté en domna dès le Ier siècle après J.-C. qui signifiait “maîtresse de maison, épouse”, “amie”, “souveraine”. Le mot désigne d’abord une femme de haut rang par opposition à demoiselle qui est une fille de bourgeois au moyen-âge jusqu’au XVIIe siècle. Si ce mot est associé à une femme de haut rang, c’est qu’il est issu de la féodalité. En effet le dominus, domnus a pris le sens de “maître d’un fief, seigneur”, en ancien français le mot dame s’applique donc à l’épouse et particulièrement dans le langage courtois à la femme aimée. C’est pourquoi au sixième chapitre le syntagme beles dames cortoises associe très clairement la courtoisie au mot dame. Ainsi parce que Nicolette n’est pas une dame de haut rang elle ne peut être une dame courtoise et ne mérite ni cette appellation ni les traitements qui sont dus à ce genre de femme. Petit à petit dame commence à désigner une personne du sexe féminin n’appartenant pas forcément à la noblesse. Cependant il y a une nuance entre le mot “femme” et le mot “dame” aujourd’hui encore, ce dernier étant connoté plus noblement et plus sagement, une dame désigne soit une femme plus distinguée soit une femme d’un certain âge incluant ici l’idée de sagesse.
Enfin deux autres mots sont utilisés pour désigner une femme, mais dans son rôle social. En effet mollier et espouse ne sont pas des mots utilisés pour Nicolette car n’étant pas au premier abord une personne du même rang que Aucassin il est impossible d’envisager qu’elle l’épouse. Moilier/moiller est apparut au XIe siècle, il est issu du latin mullierem avec un déplacement de l’accent sur l’avant-dernière syllabe qui signifiait “la femme, la femme mariée”. Ainsi ce mot a gardé en ancien français son sens de femme mariée en perdant son sens de “personne de sexe féminin” contrairement à l’espagnol mujer par exemple. Le mot espose contrairement au moillier est resté en français moderne. Le mot espouse apparut au XIIe siècle après les formes espus et spus. Issu du latin archaïque sponsus, sponsa qui est le participe passé du verbe du latin classique spondere qui signifiait “promettre solennelement”. Le mot s’est d’abord employé avec le vocabulaire religieux en évoquant l’alliance avec Dieu dans des locutions telles que “l’Epoux celeste” ou bien encore “l’Epouse de Jésus-Christ”. Il désigne en même temps mais moins couramment que femme et mari une personne unie à une autre par les liens du mariage. Aujourd’hui épouse est un terme de droit ou littéraire lorsque femme est ambigu.2) Mots du vocabulaire courtois pour désigner la femme non présent dans le texte
D’autres mots désignants la femme dans le vocabulaire courtois ne sont pas utilisés dans Aucassin et Nicolette. C’est le cas des mots pucelle et damoiselle.
Le mot damoiselle est la forme archaïque de demoiselle. Féminin du damoiseau qui est issu du latin populaire °domnicellus qui est le diminutif de dominus “le maître de maison”, damoiselle n’a pas pris la connotation péjorative du masculin. Il désigne d’abord une fille de noble condition, épouse de damoiseau, il s’est dit ensuite d’une femme sans même titre de noblesse. Aujourd’hui il est principalement employé pour désigner une jeune femme dans un langage assez châtié, il semble qu’il soit utilisé en contrepoint de dame qui lui désigne une femme d’un certain âge. Il est possible de forger l’hypothèse que ce mot est composé du mot dame issu du latin domina et du mot oisel qui signifie en ancien français un oiseau. Mais si l’on se réfère au latin d’où est issu le mot oisel , c’est-à-dire * aucellum qui est la contraction de *auicellus qui est apparemment le diminutif de auis, il semblerait donc que oisel ait pu un certain temps désigner un jeune ou un petit oiseau. Ainsi en rassemblant les deux mots composant damoisel il est possible de croire que ce dernier signifie un jeune homme qui “vient à peine de sortir du nid”. En effet, ce mot désigne un jeune homme qui n’est pas encore chevalier et donc un homme qui n’est pas encore accompli. Par extention il est possible de comprendre que le mot damoiselle désigne une jeune femme, alors que le mot dame quant à lui désigne une femme d’âge plus mûr.
Enfin le mot pucelle, couramment utilisé dans le langage courtois, n’est lui aussi pas présent dans le texte. L’origine de ce mot est discutée, on y a d’abord vu qu’il était issu du latin populaire *pullicella qui était le diminutif de puella. Mais on a également proposé un diminutif du latin classique pulla qui a donné poule et qui est le féminin de pullus qui signifie “petit animal”, avec une altération du u bref en u long sous l’influence du latin putus qui signifie garçon. Il désigne en ancien français la “jeune fille” comme le latin puella put le laisser entendre, mais également servante et vierge. Il est un nom féminin et un adjectif d’abord vers 881 utilisé sous la forme pulcella il est ensuite francisé en pucele vers la fin du XIe siècle. Le sens de “jeune vierge” est très ancien (v.1119). Aujourd’hui ce mot est familier et est utilisé en plaisantant en parlant d’une jeune fille vierge ou supposée encore l’être, quelque fois adjectivé. Ce mot a été très prolifique et a donné quelques dérivés comme pucela, puceau, depuceler, depucelage et depuceleur.
Il est étonnant que dans une parodie du roman courtois tel que Aucassin et Nicolette ce mot ne soit jamais utilisé. En effet, utilisé pour montrer la pureté des jeunes filles courtoises, la problématique de la consommation de l’Amour pur relevé par Chrétien de Troyes lorsque après le prodige de Lancelot écartant les barreaux de la fenêtre de la fenêtre de Guenièvre pour la rejoindre dans son lit, le conteur fait humblement remarquer que ce genre d’écrit n’est pas le lieu de décrire ce qui se passa durant cette nuit. Ainsi, le problème de l’amour platonique et de la consommation du mariage aurait parfaitement trouvé sa place dans une telle parodie qui tend parfois à démontrer la mièvrerie de ce genre de littérature.
