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Bonjour,
S’il vous plaît, j'ai un commentaire à faire sur un texte de Sade "Dialogue entre un prêtre et un moribond", pouvez-vous par hasard, m'aider a établir un plan ? Je vous remercie infiniment d'avance pour votre aide. Je dois le rendre mardi !
Voici l'extrait :
Le prêtre — Vous ne croyez donc point en Dieu ?
Le moribond — Non. Et cela pour une raison bien simple, c'est qu'il est parfaitement impossible de croire ce qu'on ne comprend pas. Entre la compréhension et la foi, il doit exister des rapports immédiats; la compréhension n'agit point, la foi est morte, et ceux qui, dans tel cas prétendraient en avoir, en imposent. Je te défie toi-même de croire au dieu que tu me prêches, parce que tu ne saurais me le démontrer, parce qu'il n'est pas en toi de me le définir, que par conséquent tu ne le comprends pas, que, dès que tu ne le comprends pas, tu ne peux plus m'en fournir aucun argument raisonnable et qu'en un mot tout ce qui est au-dessus des bornes de l'esprit humain, est ou chimère ou inutilité; que ton dieu ne pouvant être l'une ou l'autre de ces choses, dans le premier cas je serais un fou d'y croire, un imbécile dans le second.
Mon ami, prouve-moi l'inertie de la matière, et je t'accorderai le créateur, prouve-moi que la nature ne se suffit pas à elle-même, et je te permettrai de lui supposer un maître; jusque-là n'attends rien de moi, je ne me rends qu'à l'évidence, et je ne la reçois que de mes sens; où ils s'arrêtent ma foi reste sans force. Je crois le soleil parce que je le vois, je le conçois comme le centre de réunion de toute la matière inflammable de la nature, sa marche périodique me plaît sans m'étonner. C'est une opération de physique, peut-être aussi simple que celle de l'électricité, mais qu'il ne nous est pas permis de comprendre. Qu'ai-je besoin d'aller plus loin, lorsque tu m'auras échafaudé ton dieu au-dessus de cela, en serais-je plus avancé, et ne me faudra-t-il pas encore autant d'effort pour comprendre l'ouvrier que pour définir l'ouvrage ?
Par conséquent, tu ne m'as rendu aucun service par l'édification de ta chimère, tu as troublé mon esprit, mais tu ne l'as pas éclairé et je ne te dois que de la haine au lieu de reconnaissance. Ton dieu est une machine que tu as fabriquée pour servir tes passions, et tu l'as fait mouvoir à leur gré, mais dès qu'elle gêne les miennes trouve bon que je l'aie culbutée, et dans l'instant où mon âme faible a besoin de calme et de philosophie, ne viens pas l'épouvanter de tes sophismes, qui l'effraieraient sans la convaincre, qui l'irriteraient sans la rendre meilleure; elle est, mon ami, cette âme, ce qu'il a plu à la nature qu'elle soit, c'est-à-dire le résultat des organes qu'elle s'est plu de me former en raison de ses vues et de ses besoins; et comme elle a un égal besoin de vices et de vertus, quand il lui a plu de me porter aux premiers, elle m'en a inspiré les désirs, et je m'y suis livré tout de même. Ne cherche que ses lois pour unique cause à notre inconséquence humaine, et ne cherche à ses lois d'autres principes que ses volontés et ses besoins.
Le prêtre — Ainsi donc, le plus grand de tous les crimes ne doit nous inspirer aucune frayeur ?
Le moribond — Ce n'est pas là ce que je dis, il suffit que la loi le condamne, et que le glaive de la justice le punisse, pour qu'il doive nous inspirer de l'éloignement ou de la terreur, mais, dès qu'il est malheureusement commis, il faut savoir prendre son parti, et ne pas se livrer au stérile remords ; son effet est vain, puisqu'il n'a pas pu nous en préserver, nul, puisqu'il ne le répare pas; il est donc absurde de s'y livrer et plus absurde encore de craindre d'en être puni dans l'autre monde si nous sommes assez heureux que d'avoir échappé de l'être en celui-ci. A Dieu ne plaise que je veuille par là encourager au crime, il faut assurément l'éviter tant qu'on le peut, mais c'est par raison qu'il faut savoir le fuir, et non par de fausses craintes qui n'aboutissent à rien et dont l'effet est sitôt détruit dans une âme un peu ferme. La raison, mon ami, oui, la raison toute seule doit nous avertir que de nuire à nos semblables ne peut jamais nous rendre heureux.
Dernière modification par Manue (22/04/2006 05:05)
Bonjour Manue,
Voilà un texte sulfureux (mais convenable) de notre divin marquis.
C'est une argumentation sous forme apparente de dialogue
Il relève du libertinage dans sa double acception (morale et philosophique) et dans sa revendication de la liberté.
Il traite de l'athéisme comme conséquence ultime du rationalisme matérialiste.
Sade s'inscrit dans la tradition voltairienne qui considère la religion comme un fatras d'inepties et un témoignage de l'obscurantisme. Il lui donne une tonalité plus militante et plus violente sous la forme d'une déclaration solennelle, comme dans un testament.
Je te laisse apprécier le caractère invraisemblable de la situation où le moribond paraît encore bien accroché à la vie et où le ministre de Dieu se laisse manipuler.
De même Sade ne manque pas de souffle dans sa défense de la vertu quand on connaît ses démêlés avec la justice de son temps pour immoralisme.
Je ne résiste pas au plaisir de contrer un des arguments du philosophe qui nie Dieu parce que nul ne l'a vu. Dans la Pologne communiste du siècle dernier, un inspecteur de l'éducation visitait une classe et s'était cru obligé de délivrer sa leçon d'athéisme militant en utilisant justement cet argument. Puis il s'était tourné vers l'institutrice pour obtenir son acquiescement. A sa grande surprise, il s'entendit répondre "Je ne saurais voir votre intelligence, Monsieur l'inspecteur, or nul parmi nous ne doute que vous n'en ayez"… Bien sûr il s'agit d'une de ces histoires commodes dont on peut agrémenter sa réfutation…
Pour le plan, tu peux reprendre quelques aspects importants cités plus haut :
Un libertinage moral
Un libertinage philosophique
Un libertinage militant
Dernière modification par Jean-Luc (22/04/2006 12:32)
Merci beaucoup pour ton aide Jean-Luc !!!
Tu serais pas prof par hasard ?? car je n'avais pas du tout pensé à cela.. bien que maintenant, ça me paraît évident !!
thank !!
++
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