Rime
(féminin) En poésie, la rime est la répétition de sonorités identiques en fin de vers. Pour que deux vers riment, la dernière voyelle accentuée et tout ce qui suit doit se prononcer de la même manière.
Définition de J. Mazaleyrat : « homophonie entre deux ou plusieurs mots, de leur dernière voyelle tonique ainsi que de tous les phonèmes qui, éventuellement, la suivent. »
- Genre des rimes
- Rimes masculines et féminines : les rimes féminines terminent un mot par un e muet (= e caduc). Exemple : gloire / mémoire. Les autres rimes sont dites masculines (Exemple : sort / mort).
- À l’intérieur d’un vers, une syllabe terminée par e n’est articulée que si ce e se trouve devant une consonne ou un h aspiré.
- Dans la poésie classique, il y avait alternance de rimes masculines et de rimes féminines (Malherbe). La diction classique prononçait le e muet, sans le décompter dans le vers. Dans la poésie moderne, l’alternance rimes masculines / rimes féminines devient une alternance rimes vocaliques (terminées par une voyelle) / rimes consonantiques (terminées par une consonne).
- Qualité des rimes
- Rime pauvre : on parle de rime pauvre lorsqu’il y a reprise de la même voyelle accentuée. Exemples : battu / perdu ; ami / parti, feu / peu. (Un son en commun.) Voir « Assonance ».
- Rime suffisante : lorsqu’il y a reprise d’un groupe voyelle + consonne (ou consonne + voyelle), on parle de rime suffisante. Exemples : cheval / fatal ; grise / mise, opportune / lune. (Deux sons en commun.)
- Rime riche : trois phonèmes (ou plus) en commun. Exemples : cheval / rival ; grise / brise, mineur / bonheur.
- Disposition des rimes
- Rimes plates ou suivies (AABBCC, …)
- Rimes croisées ou alternées (ABAB)
- Rimes embrassées (ABBA)
- Rimes tripartites (AABCCB)
- Rimes internes : ce sont les rimes placées à la césure. Exemple : (…) Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur / Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose (…) (Ronsard, « Comme on voit sur la branche… »)
- etc.
Quelques exemples
Rimes suivies (AABB)
[…] Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d’une folle vitesse […].
N. Boileau, Art poétique, Chant I.
Rimes croisées (ABAB)
[…] Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! »
A. de Lamartine, Méditations poétiques, « Le Lac ».
Rimes embrassées (ABBA)
[…] Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint. […]
P. Verlaine, Jadis et Naguère, « Art poétique ».
Rimes tripartites (AABCCB)
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil. […]
Ronsard, Odes, I, 17.
- Vers et rimes
- Vers holorimes : dans un distique, les vers se prononcent de la même manière. Exemples :
- Gal, amant de la reine, alla, tour magnanime / Galamment de l’arène à la tour Magne, à Nîmes. (Marc Monnier ; Attribué à Victor Hugo dans Lexique des termes littéraires, sous la dir. de M. Jarrety)
- Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses, / Danse, aime, bleu laquais, ris d’oser des mots roses (…) (Attribué à Théodore de Banville, cité dans Grand Robert de la langue française)
- Vers monorimes : des vers monorimes ont une rime unique. Exemple.
Les règles classiques déconseillaient de faire rimer un singulier et un pluriel ou deux fois le même mot. Les mots construits avec les mêmes suffixes devaient être évités, ainsi que les mots ayant avec la même terminaison.


B. Buffard-Moret, Introduction à la stylistique
K. Cogard, Introduction à la stylistique