Méthode

Méthode du commentaire comparé

Cette fiche de méthode a été rédigée par Jean-Luc.

Ce qu’en disent les textes officiels

Le commentaire porte sur un texte ou un passage d’un texte du corpus, dont la qualité d’écriture justifie cet exercice. Il peut être proposé au candidat un commentaire comparé de deux textes du corpus. En séries générales, le candidat compose un commentaire qui présente avec ordre un bilan de lecture organisé de façon à donner force au jugement personnel qu’il prépare et qu’il justifie.

Lettre du Ministre de l’Éducation Nationale aux recteurs d’académie

Ses visées et ses modalités

Le commentaire comparé est une forme clairement prévue par les textes, il peut être proposé dans toutes les séries. Il est donc prudent de s’y préparer.

Ce type d’exercice a été proposé aux bacheliers de la série L lors de la session 2004. (Voir ici le sujet.)

Pourquoi un tel exercice ?

La comparaison de deux textes constitue les linéaments de la méthode de la littérature comparée. Ce type d’approche des lettres est désormais solidement installé dans l’Université française.

Ses difficultés propres

Cet exercice partage avec le commentaire simple l’analyse fine d’un extrait remarquable en vue de la synthèse organisée des observations sous forme d’un bilan de lecture personnel. Il y ajoute une visée synthétique plus développée puisque l’analyse va porter sur un ensemble par définition hétérogène. Le candidat ne pourra plus s’appuyer sur la logique interne du texte unique. Il devra réintroduire dans son analyse les inévitables différences et divergences.

L’exercice est donc beaucoup plus difficile puisqu’il demande un esprit d’observation plus développé et une culture littéraire plus assurée.

Intérêt de l’exercice

Cette volonté de mettre en parallèle deux textes peut procéder de plusieurs intentions :

  • montrer la récurrence d’un thème chez un auteur, les réemplois, les évolutions qu’il subit…
  • montrer l’importance d’un thème à une époque donnée, pour un mouvement littéraire…
  • faire découvrir la différence de traitement selon les écoles ou les personnalités…
  • insister sur les écarts de traitement lors de réécritures : réinterprétation, parodie, pastiche, changement de registre…
  • attirer l’attention sur l’intertextualité,
  • expliquer un texte par un autre texte…

Dans tous les cas, les similitudes doivent être suffisamment explicites pour justifier le rapprochement des extraits.

Si dans un premier temps, le candidat doit identifier les ressemblances et les différences, il ne peut en rester à cette vision contrastée insuffisante à constituer le bilan de lecture organisé attendu de lui. La seule manière d’échapper à la dichotomie est bien de dégager une problématique transverse illustrée par deux ou trois axes regroupant pour chacun d’eux les ressemblances et les différences constatées de façon à construire un véritable raisonnement structuré.

Méthodologie proposée

Appliquer à chaque texte la grille d’analyse de la fiche méthodologique sur le commentaire composé.
La caractérisation des textes est essentielle : genre, tonalité, intention… mais aussi époque, auteur, œuvre, mouvement littéraire (surtout si les auteurs sont différents).
Appliquer à chacun des textes les cinq lectures.
Faire un tableau comparatif en plaçant dans chaque colonne un des textes, pour pouvoir y noter les ressemblances et les différences.

Points observés Texte 1 Texte 2
Thème    
Registre    
Intentions    
Intérêt    
Résonnances    
Lexique    
Modalisation    
Images    
Sons, rythmes, figures de style remarquables    
Conclusion sommaire    

Identifier deux ou trois axes d’étude pour une analyse comparative.
Rédiger au brouillon un plan détaillé…

Un exemple d’application

Les textes

Deux tirades extraites de tragédies de Racine.

Phèdre, acte I, scène 3

Phèdre
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen1 je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe2 ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir3 et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables.
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer.
J’offrais tout à ce dieu, que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein, et des bras paternels.
Je respirais, Œnone. Et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence ;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’Ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus toute4 entière à sa proie attachée.

1 Mariage.
2 Orgueilleux.
3 Être saisi de froid.
4 On marquait l’accord au XVIIe siècle.


 Bérénice, acte I, scène 5

Bérénice, reine de Palestine, aime passionnément Titus, l’empereur romain. À l’issue de la cérémonie du couronnement, sa confidente Phénice lui a laissé entendre que la raison d’État pouvait s’opposer au mariage.

Bérénice (à Phénice)
Le temps n’est plus, Phénice, où je pouvais trembler.
Titus m’aime, il peut tout, il n’a plus qu’à parler :
Il verra le sénat m’apporter ses hommages,
Et le peuple de fleurs couronner ses images.
De cette nuit, Phénice, as-tu vu la splendeur ?
Tes yeux ne sont-ils pas tout pleins de sa grandeur ?
Ces flambeaux, ce bûcher, cette nuit enflammée,
Ces aigles, ces faisceaux, ce peuple, cette armée,
Cette foule de rois, ces consuls, ce sénat,
Qui tous de mon amant empruntaient leur éclat ;
Cette pourpre, cet or, que rehaussait sa gloire,
Et ces lauriers encor témoins de sa victoire ;
Tous ces yeux qu’on voyait venir de toutes parts,
Confondre sur lui seul leurs avides regards ;
Ce port majestueux, cette douce présence.
Ciel ! avec quel respect et quelle complaisance
Tous les cœurs en secret l’assuraient de leur foi !
Parle : peut-on le voir sans penser comme moi
Qu’en quelque obscurité que le sort l’eût fait naître,
Le monde en le voyant eût reconnu son maître ?
Mais, Phénice, où m’emporte un souvenir charmant5 ?
Cependant Rome entière, en ce même moment,
Fait des vœux pour Titus, et par des sacrifices,
De son règne naissant célèbre les prémices.
Que tardons-nous ? Allons, pour son empire heureux,
Au ciel qui le protège offrir aussi nos vœux.

5 Fascinant, envoûtant.

Analyse sommaire de chacun des textes

Phèdre, acte I, scène 3

Introduction

Phèdre parue en 1677 est la dernière tragédie pour laquelle Racine s’inspire de l’Antiquité. Le poète dramatique est au sommet de sa gloire et publie là certainement son chef-d’œuvre.
Cette scène est la première où apparaît l’héroïne éponyme. Phèdre se laisse dépérir pour des raisons encore obscures pour le spectateur. Sous le questionnement inquisiteur d’Œnone, sa confidente, elle finit par avouer la source de son mal : l’amour incestueux qu’elle voue à son beau-fils Hyppolite.
Cet aveu est arraché au cours d’une tirade sous forme de récit lyrique où la jeune femme restitue les étapes de sa passion, la naissance d’un amour monstrueux et les dérisoires tentatives pour y échapper.
Cet extrait met en valeur comment l’expression de l’amour fait apparaître une violence tragique.

Registre pathétique et tragique

Une héroïne passionnée ou l’« amour-maladie » :

Phèdre est victime, d’un mal qu’elle connaît et qu’elle cache.
Quand elle va enfin avouer, elle dira : « Mon mal vient de plus loin… » et elle décrit son amour (il est très important de le remarquer) en termes physiques, quasiment médicaux !

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »

Ce vers décrit les symptômes physiques de la passion :

  • La succession rapide d’états contradictoires (concentrés au milieu du vers, rougis ‹› pâlis)
  • Rendue par la construction : asyndète et parataxe
  • Rendue par le rythme régulier et bref 3/3//3/3 avec quand même une pause moins marquée dans le second hémistiche ce qui pourrait signifier que le reflux sanguin et le malaise qui l’accompagne durent plus longtemps que la rougeur.
  • Insistance sur le je, sur la vision (vis et vue), ce qui montre assez la réaction involontaire mais assumée de Phèdre.

C’est donc la description physiologique d’un coup de foudre. Les perturbations de la circulation sanguine sous-tendent un jugement moral : Phèdre se voit coupable, elle rougit de honte et se sait blessée à mort, elle pâlit comme un cadavre. Phèdre est donc consciente, elle éprouve un dédoublement de conscience : elle est à la fois le siège et le témoin de ses émotions. Enfin Racine est capable de produire de grands effets à partir d’un vocabulaire simple mais utilisé avec habileté et, pour tout dire, avec art.
Nous pourrions ajouter les assonances en "i" qui renforcent le rythme et évoquent peut-être la souffrance.
Cet amour se manifeste par une série de paradoxes qui témoignent de son intensité mais surtout du « désordre » qui obscurcit l’esprit de Phèdre : son amour la rend étrangère à elle-même.
Phèdre décrit ensuite ses efforts pour se guérir : fuite, éloignement, recours aux secours de la religion, mais ses efforts quoique sincères restent inefficaces. Ils lui accordent tout de même une rémission — que suivra la rechute, épouvantable :

« Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachées
C’est Vénus toute entière à sa proie attachée… »

L’image de quelque "cancer" effrayant vient à l’imagination quand on entend ces paroles. Oui, Phèdre se considère et est réellement malade d‘amour.

Idéalisation d’Hyppolyte

Cette passion est décrite en termes religieux alors même qu’il s’agit d’un amour contre-nature. Notons le champ lexical de la religion qui superpose l’amour pour Hyppolyte aux implorations adressées à Vénus pour y échapper :

  • Vers 285-286 : « J’adorais Hyppolyte »
  • Vers 288 : « J’offrais tout à ce Dieu que je n’osais nommer »

Cette idéalisation produit une scission dans le personnage :

« Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse »

Nous percevons le divorce entre le moi et l’organe de la parole.
Il convient de relever le paradoxe de l’« ennemi6 » qui devient une idole, une formule qui en dit long sur la division intérieure de Phèdre.

Une héroïne digne de pitié ou coupable ?

Une malade peut-elle être coupable de sa maladie ?
C’est une question dont on peut débattre quelquefois… Ici, il faut bien le dire, Phèdre nous paraît innocente. Du moins en grande partie, quoiqu’elle n’ait pas pris tous les moyens pour éloigner Hippolyte. En particulier, elle n’a pas avoué à Thésée ses dispositions intérieures… Mais fait-on de tels aveux à un mari (cf. La Princesse de Clèves) lorsqu’on pense pouvoir rester maîtresse de soi-même ?

Phèdre nous reste sympathique car nous pensons qu’elle est plus victime que coupable. D’ailleurs toute sa famille n’est-elle pas poursuivie par « la haine de Vénus » ?

Cette tirade nous livre la quintessence de l’amour selon Racine : l’amour est une passion contraignante et douloureuse. Il naît par le regard, il foudroie sa victime, et crée une véritable aliénation. Ce désir est d’une violence extrême en raison de l’ascendance maudite de Phèdre et de la vengeance divine de Vénus qui la poursuit implacablement. Cette concupiscence dénaturée s’ouvre sur des perspectives barbares et laisse présager la chape mortuaire qui va clore la tragédie. Ce pessimisme peut être interprété comme une manifestation du jansénisme7 de Racine.

6 Ce terme qui n’est ni une expression d’antiphrase, ni un oxymoron, mais un peu les deux à la fois, pourrait être interprété dans un contexte janséniste. Employé trois fois dans la tirade, il commence par une majuscule dans son troisième emploi, ce qui lui confère une valeur absolue, et dans son retour ternaire, comme une forme d’achèvement dans ses transformations successives. Hippolyte est devenu à son insu, pour Phèdre, la séduction du Tentateur. Dans la littérature chrétienne en effet, Satan est souvent nommé « l’Ennemi du genre humain ». Notons qu’Hippolyte est qualifié de cet attribut amplifié par la majuscule après les vaines supplications de Phèdre auprès d’une divinité sourde aux prières de la pécheresse. Hippolyte pourrait donc être la forme de la prédestination pour Phèdre, la forme symbolique et artistique du péché qui conduit à la damnation. Satan continuerait son œuvre séductrice de tentation auprès des filles d’Ève sous le regard apparemment indifférent de la divinité. Une telle grille de lecture aurait bien évidemment paru sacrilège pour le catholicisme officiel du Grand siècle.
7 « RACINE ET LE JANSÉNISME : L’éducation de Racine le lie pour toujours au jansénisme, même s’il a pris au cours de sa carrière des distances avec Port-Royal. Jansénius (1585-1638) est le fondateur de cette doctrine austère et pessimiste : damné depuis le péché originel, l’homme est irrémédiablement séparé de Dieu, et son destin est fixé par lui. Pourtant, la bonté divine permet de sauver certains hommes, sans qu’ils puissent jamais en avoir la certitude, si exemplaire soit leur vie : c’est la grâce efficace. On peut retrouver ce pessimisme dans le destin des personnages de Racine, et leur sentiment d’abandon face à un Dieu qui ne dévoile pas ses desseins. »   Nathalie Cros.

Bérénice, acte I, scène 5

Dans Bérénice de Jean Racine, l’héroïne éponyme, reine de Palestine, est passionnément éprise de l’empereur romain Titus au couronnement duquel elle vient d’assister. Dans la dernière scène de l’acte I, Phénice, sa confidente, lui a laissé entendre que la raison d’État pouvait s’opposer au mariage qu’une passion partagée semblait lui promettre. Bérénice, loin de considérer les doutes émis par Phénice, évoque alors avec exaltation la nuit du couronnement.
Cet extrait est un plaidoyer destiné en quelque sorte à conjurer les apparences. Bérénice puise des forces pour lutter contre l’adversité en mobilisant le souvenir vivace de l’aimé dans sa toute-puissance.
Cette tirade s’inscrit dans le registre lyrique par la vigoureuse évocation de sentiments d’admiration et d’espoir.

Une passion exubérante et admirative

Accumulations renforcées par les démonstratifs, nombreux pluriels,
Le tableau contrasté des feux, des lueurs sur le fond nocturne, abondance d’expressions dénotant couleurs et lumières,
La présence des flammes et de la lumière a une valeur métaphorique : elle témoigne autant de l’embrasement du cœur de l’héroïne que de la beauté du spectacle nocturne.
Atmosphère religieuse, le peuple et les notables rendent un culte à l’empereur-dieu,
Titus est le feu parmi les flammes, la lumière fascinante qui attire tous les regards. Cette focalisation est nette : l’énumération de l’assistance, "cette foule de rois, ces consuls, ce sénat", met en valeur par contraste l’unicité de Titus. L’empereur est le foyer vers lequel convergent les regards de la foule de sujets fidèles qui se contentent d’admirer (d’adorer religieusement ?) comme en témoigne la métonymie du vers 309 « tous ces yeux qu’on voyait venir de toutes parts ».
Importance des regards qui confèrent une hyper réalité à ce spectacle fantasmagorique : Bérénice parle d’un "souvenir charmant" au vers 317, c’est-à-dire d’un souvenir envoûtant selon le sens de l’adjectif au XVIIe siècle.
Hypotypose, souvenir hallucinatoire qui recrée la présence aimée,
Dans Bérénice, l’accumulation remarquable des signes de la puissance impériale fait penser au registre secondaire laudatif (plutôt cornélien). Notons que, dans le vocabulaire précieux, « l’empire » est tout autant le pouvoir politique que l’emprise sur les cœurs. L’amoureuse est sujette8.

8 Bérénice en 1670 constitue l’apogée du succès de Racine dans le théâtre galant. Racine s’inscrit dans l’idolâtrie précieuse de la personne aimée. Pourtant, dans une perspective janséniste, ce culte innocent pouvait prendre un tout autre sens sacrilège dans la mesure où la passion introduit le désordre quand elle rend à la créature l’adoration due à Dieu seul. On comprend alors mieux pourquoi depuis 1666 Racine avait rompu avec Port-Royal qui l’avait accusé d’être un « empoisonneur public ». Racine avait alors défendu son statut controversé d’auteur dramatique qui, sans avoir produit des pièces saintes, avait du moins écrit des œuvres innocentes.

Une volonté de convaincre

Importance du regard chargé de confirmer des impressions par son réalisme : tout se passe comme si la vue jouait le rôle du témoin favorable appelé à prouver la victoire de l’amour sur les conventions,
Interrogations (qui témoignent aussi d’une affectivité ébranlée), apostrophes, impératifs,
Discours impressif.
L’exaltation de la reine exprime en filigrane l’inquiétude qui sourd secrètement. La syntaxe accumulative peut se lire comme le signe de la hâte que met Bérénice à prodiguer des preuves. C’est sans doute elle-même aussi qu’il s’agit de convaincre. Les démonstratifs qui actualisent les éléments de la scène sont des évidences destinées à persuader Phénice. Cette stratégie a cependant son origine dans une logique des sentiments et non dans un examen rationnel des réserves émises par la suivante. Bérénice fuit les aspérités de la politique romaine qui interdit à un empereur d’épouser une reine étrangère pour se réfugier dans le souvenir de cette nuit grandiose. C’est une forme de régression infantile loin de la brutale réalité, dans le rêve et le monde trompeur des désirs.

Plan possible

Problématique : comment l’évocation du couronnement de Titus magnifie à la fois la passion de Bérénice et révèle son inquiétude quant à leur amour ?

  1. Un tableau exalté
    1. Un tableau
    2. Lumières et couleurs
    3. L’expression de la passion.
  2. L’idéalisation de Titus
    1. Les symboles de la puissance
    2. Titus au centre des regards
    3. La fierté d’une amoureuse. Titus transfiguré par la passion.
  3. L’inquiétude de Bérénice
    1. Une tentative de persuasion
    2. Une inquiétude sourde.

Bérénice est une héroïne passionnée qui célèbre son amour, qui cherche à se rassurer contre son doute secret. Elle veut encore jouir de ce qu’elle pressent comme ôté, perdu. C’est sans doute ce qui maintient un peu le texte dans le climat racinien. En effet, Racine nous brosse un théâtre des illusions qui crée l’ironie tragique : Bérénice ignore qu’au même moment Titus a renoncé à leur amour, ce que le spectateur va apprendre dès la scène suivante. Le destin est en marche. La mort n’est pas inéluctable comme dans les autres tragédies. Racine lui a substitué « cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie », cette déréliction de la vie qui se retire, qui se dissout dans l’absence.

Analyse conjointe des deux textes

Compte tenu de leur place dans la tragédie, ces deux scènes pourraient être considérées éventuellement comme des compléments de la scène d’exposition. Chacune a pour fonction de nous faire parvenir au cœur du drame qui est déjà noué, de nous révéler les antagonismes irréductibles, ce fameux nœud qui peut être seulement tranché douloureusement par la séparation. Elles ont une fonction informative évidente sur les causes psychologiques, mais aussi sur les tensions affectives qui s’accumulent au point de créer le climat pesant caractéristique de la tragédie.
Deux argumentations indirectes.

Tableau comparatif

Points observés Phèdre, I, 3 Bérénice, I, 5
Thème L’aveu d’une amoureuse coupable, son plaidoyer L’admiration d’une amoureuse
Registre Pathétique et tragique Lyrique et laudatif
Intentions Dramatiques et morales Dramatiques et pathétiques
Intérêt Évocation de la fatalité La puissance d’évocation
Résonnances Terreur et pitié Pitié
Lexique Guerre et dieux, maladie, importance de la vue Champ de la politique, importance de la vue
Modalisation Phèdre a honte de sa passion, elle refuse sa culpabilité. Bérénice est fière de sa passion, elle l’assume.
Images Amour divinisé Signes de la puissance
Sons, rythmes, figures de style remarquables Parataxe, nombreux verbes Accumulation, déictiques
Conclusion sommaire Une héroïne honteuse, accablée par sa passion, cherchant à échapper à son destin. Une héroïne fière, poussée par sa passion, assumant son destin.

La problématique

Comment la tragédie peut-elle naître du conflit entre la passion amoureuse et la loi (morale ou politique) ?
ou
Le portrait d’héroïnes passionnées
ou
L’évocation du souvenir amoureux
ou
Les caractéristiques de la tragédie (personnages hors du commun, conflit insoluble, fin malheureuse prévisible).

Le choix des axes

Le souvenir vivace de la rencontre
L’amour contrarié ou la puissance dramatique
Les plaidoyers

L’introduction rédigée

Ces deux tirades sont extraites de tragédies de Racine écrites à peu d’années d’intervalle (1670 et 1677). Cette proximité peut expliquer leur ressemblance, sans doute accentuée par leur place respective au début des deux pièces : scène 3 de l’acte I pour Phèdre et scène 5 de l’acte I pour Bérénice.
Dans ces tirades, les héroïnes évoquent avec leurs confidentes la passion qui les anime. Bérénice, reine de Palestine est amoureuse de Titus, le nouvel empereur de Rome. Phèdre, épouse de Thésée, roi d’Athènes, est éprise de son beau-fils Hippolyte. Le public découvre par le jeu de la double énonciation la force des obstacles qui se dressent devant elles et empêchent leur bonheur.
Ces textes révèlent un lyrisme brûlant et douloureux.
Ils nous livrent d’abord un souvenir vivace de la rencontre initiale où la passion torrentueuse a surgi. Puis ils créent la force dramatique en suscitant des obstacles à cet amour naissant si bien que chacune des héroïnes tragiques doit plaider, vis-à-vis de sa confidente, la force contraignante de la passion qui l’habite.

Le plan de synthèse détaillé

Le souvenir de la rencontre,
La force de la vue
La passion comme force hallucinatoire
L’idéalisation amoureuse

L’amour contrarié ou la puissance dramatique
La passion subie ou la puissance tragique
      Refoulée chez Phèdre
      Assumée chez Bérénice

Les plaidoyers,
Deux argumentations selon la logique des sentiments
Le lyrisme hyperbolique ou l’élégie douloureuse
La double énonciation

La conclusion rédigée

Ces deux tirades appartiennent au genre tragique en ce qu’elles mettent en scène des héroïnes hors du commun. En effet toutes les deux sont des reines éperdument éprises alors même que cet amour se découvre comme une passion fatale inoculée par le premier regard. Elles brûlent désormais littéralement sous les « feux » de la passion-maladie. Mais Racine redonne une force nouvelle au cliché précieux en le connotant de la consumation infernale sans fin, du moins pour Phèdre.
C’est l’occasion pour Racine d’exprimer dans une langue très pure, très dépouillée, un lyrisme volontiers élégiaque à la tonalité différente suivant les textes en raison de la nature des sentiments exprimés : admiration et espoir pour Bérénice, souffrance et honte pour Phèdre. Cette expression des sentiments débouche sur une modalisation contrastée : la passion est assumée, voire revendiquée par Bérénice alors que Phèdre désirerait fuir pour dissimuler son amour coupable.
La tragédie surgit également de l’impossibilité de ces amours. La raison d’État ou la condamnation morale de l’inceste suscitent des obstacles insurmontables laissant dès le début planer la menace d’une fin malheureuse inéluctable.
Ainsi l’auteur dramatique peut-il faire naître la terreur et la pitié, ressorts essentiels du plaisir tragique. Grâce à la passion il réintroduit le destin qui contribue puissamment au climat tragique en créant un champ de forces contraires à l’intérieur même des personnages.

Conseils de lecture

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Fiches bac français (1re toutes séries), Hatier.