Bac de français 2015 (Pondichéry), séries S et ES

Proposition de corrigé de l’écriture d’invention

Objet d’étude : le théâtre : texte et représentation, du XVIIe siècle à nos jours.

Sujet :
Vous rédigerez une scène de déclaration rendant compte des difficultés à dire (une faute, un sentiment, une décision…). Vous veillerez à tirer profit des caractéristiques du théâtre.
Votre texte comportera une soixantaine de lignes environ.

Cette proposition de corrigé a été rédigée par Tina Malet.

Remarques préliminaires au devoir

Le sujet d’invention ne présentait pas de difficultés majeures. Il fallait bien entendu proposer un extrait théâtral, le thème étant donné. L’essentiel consistait également à respecter les caractéristiques du théâtre (éléments de mise en scène, didascalies, apartés par exemple). Le candidat était libre de proposer un titre à son extrait, de numéroter l’acte et la scène, de proposer un titre à une pièce fictive – nous avons choisi une comédie -, bref de montrer, à côté de ses qualités d’apprenti-dramaturge, ses capacités d’inventivité. Il n’était pas non plus interdit de faire allusion – comme dans la scène fictive ci-dessous – à quelques éléments de culture, théâtrale ou non : Florine se rend « sous les grands marronniers » comme Figaro dans Le Mariage de Figaro. L’âge de Florine fait référence à La Femme de trente ans de Balzac. Sa maîtresse fait allusion à Molière.
La situation est un topos de l’art dramatique : un boudoir propice aux confidences. Il était intéressant de renverser les rapports habituels maîtres/valets : cette fois, c’est la servante qui a une importante déclaration à faire… On ne peut demander aux élèves de maîtriser le langage du XVIIe siècle mais un niveau de langue relativement soutenu est préférable : une femme de chambre comme Florine se doit de parler presque aussi bien que sa maîtresse pour lui faire honneur. En effet, à cette époque, le personnel domestique reflétait la condition sociale des maîtres. Toutefois, le correcteur sera sensible à l’utilisation de quelques expressions vieillies (« Or çà », « Oui da ») qui confèrent son authenticité à la scène.
Notons enfin qu’une scène commence avec l’entrée d’un nouveau personnage (ici Florine) et se termine avec sa sortie ou l’entrée d’un autre. La fin d’un acte est signifiée par la chute du rideau.
Le sujet d’invention rédigé ci-dessous correspond à ce qu’on peut attendre d’un élève de Première : nous n’avons pas, à dessein, composé un texte trop ardu.

Le Mariage compromis
Comédie en trois actes

Acte II, scène 4

Florine, Elise

La servante Florine et sa maîtresse Elise. Un boudoir. Nous sommes au XVIIe siècle.

- Florine embarrassée : Madame, vous m’avez mandée, me voilà.
- Elise à sa toilette : J’ai failli attendre ! Que faisais-tu donc ?
- Florine : Ce que je faisais ?…
- Elise : Oui ! Où étais-tu ? Et laisse ta coiffe tranquille ! Qu’as-tu à la froisser ainsi ? Allons, prends ma brosse et démêle mes cheveux !
- Florine : Madame a de si beaux cheveux !
- Elise : Il n’importe ! Où étais-tu ?
- Florine : Où j’étais ?…
- Elise : Ne fais pas le perroquet ! Réponds !… Eh bien ? J’attends !
- Florine : J’étais… J’étais sous les grands marronniers.
- Elise : Sous les marronniers ? Avec la nuit qui tombe ?
- Florine : C’est que…
- Elise, de plus en plus impatiente : Or çà, ma fille ! Vas-tu finir ta phrase ?
- Florine laissant tomber la brosse : C’est que je… Oh, pardon Madame, voyez votre brosse… Il faut la laver.
- Elise : Laisse cette brosse par terre et prends le peigne en écaille. Or donc ?… Quoi ? Laisse-moi rire ! Un rendez-vous secret ? (En riant) À ton âge ? Toi ?
En aparté : Cette fille est folle !
- Florine : Et quel âge croyez-vous donc que j’ai ?
- Elise : Mais tu es vieille, ma fille ! Tu as bien passé la trentaine !
- Florine : C’est un âge sage.
- Elise : Ma servante se met à philosopher ! Pauvre Florine, tu aimes trop les pièces de Monsieur Molière ! Mais tu ne m’as toujours pas répondu.
- Florine : C’est que Madame parle à ma place.
- Elise : Impertinente !
- Florine (elle pose le peigne et croise les bras) : Madame ?
- Elise : Quoi encore ? Que fais-tu ?
- Florine : Il faut que je vous dise…
- Elise : Quoi ?
- Florine : … que sous les marronniers…
- Elise : Eh bien ?
- Florine : … dans l’obscurité…
- Elise : Quoi donc ?
- Florine en rougissant : … J’ai vu…
- Elise : Qui ?
- Florine : … Monsieur le comte…
- Elise : Mon époux ?
- Florine : Votre époux, Madame…
- Elise : C’est l’heure habituelle de son arrivée.
- Florine : Il n’arrivait pas, Madame…
- Elise : Que veux-tu dire ?
- Florine : Il attendait…
- Elise : Il attendait ?
- Florine : Oui da, Madame ! Et impatiemment. Il faisait les cent pas et parlait tout haut…
- Elise : Monsieur le comte n’est jamais impatient.
- Florine : C’est ce que croit Madame. Mais je l’ai vu.
- Elise, curieuse : Et alors ?
- Florine : Et alors, et alors… Oh, que Madame me pardonne… Mais j’aime trop Madame…
- Elise en se levant et en secouant Florine : Mais vas-tu parler à la fin ?
- Florine : Madame ! Madame ! Vous me faites mal ! Je ne sais pas si Madame me pardonnera…
- Elise : Dis toujours !
- Florine : Monsieur attendait et une personne est arrivée…
- Elise : Une personne ? Qui ?
- Florine : Une femme…
- Elise : Une femme ! Laquelle ?
- Florine : La marquise des Etangs.
- Elise : Ma cousine ? Eh bien, elle loge actuellement au château, elle faisait sa promenade apéritive.
- Florine : C’est que… Madame… Monsieur le comte, lorsqu’il l’a vue, a couru vers elle.
- Elise : Couru ? Mon époux ne court jamais.
- Florine : C’est ce que croit Madame. Monsieur a couru vers Madame votre cousine et…
- Elise : Eh bien ?
- Florine : Ils… Ils… (En pleurant et en se mettant aux genoux d’Elise) Ils se sont embrassés.
- Elise : Quoi ? Tu mens, ma fille, jamais Monsieur le comte…
- Florine : Si, Madame !
- Elise rêveuse : Monsieur le comte me tromperait… C’est bien, ma fille. Nous allons élaborer une intrigue pour le surprendre et dont il sera fort marri. Et, pour te remercier de ta fidélité envers moi, tu auras un présent. Une nouvelle coiffe ! Là, es-tu contente ?
- Florine : Madame est trop bonne… Madame ne mérite pas le sort que lui fait Monsieur le comte.
- Elise : Mais toi, tu mérites le tien. Tu as eu bien du courage. Sortons, ma fille, il est l’heure du souper.
Elles sortent. Elise essuie une larme en se cachant de Florine.
Le rideau tombe.

Un corrigé rédigé par Tina Malet.
Lire son blog : Écriture féminine au XVIIe siècle

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