Bac français 2010

Séries technologiques, corrigé des questions

Objet d’étude : Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde

Ce corrigé a été rédigé par Jean-Luc.

Questions (6 points)

1. Ces quatre descriptions mettent-elles en valeur les mêmes aspects de la ville ? Justifiez votre réponse. (3 points)

À partir du XIXe siècle, l’industrialisation et le développement des moyens de transport ont provoqué un exode rural vers les grandes villes. Il n’est donc pas étonnant que les écrivains se soient intéressés au milieu urbain.

Flaubert, dans l’extrait de l’Éducation sentimentale, nous décrit le Paris de la fin des années 1840. Zola, dans l’Assommoir, brosse le tableau d’un quartier populaire de la capitale une vingtaine d’années plus tard. Céline fait déambuler son personnage du Voyage au bout de la nuit dans New York, vers 1920, tandis que Le Clézio, dans Désert, nous fait voir le Marseille des années 1970 au travers du regard de la jeune Marocaine Lalla.

Les textes de Flaubert, Zola et Céline nous donnent à voir des cités vivantes, animées par les véhicules et la population variée qui parcourent ses rues. Ainsi Gervaise est fascinée par « le flot ininterrompu d’hommes, de bêtes, de charrettes », « d’ouvriers allant au travail ». Frédéric Moreau remarque des attelages hétéroclites : « tombereaux », « cabriolets », « omnibus », « fiacre », ainsi que les différentes sortes de citadins. Il croise des « balayeurs », « des marchands de vin », des « décrotteurs avec leurs boîtes », des « garçons épiciers », tout un petit peuple de commerçants industrieux, mais aussi des « piétons », les belles flâneuses qui « trottinaient sous des parapluies » et « la foule [qui] augmentait » aux abords de la Seine. Ferdinand Bardamu parcourt Broadway où « les voitures ne passaient pas, rien que des gens et des gens encore ». Il arrive dans le quartier des banques, à Manhattan, « qu’en est rempli d’or, un vrai miracle ». La rutilance des façades déclenche chez lui un étonnement gouailleur bien parisien. Pourtant les deux derniers voyageurs ont pu remarquer des aspects de la grande cité moins séduisants : « boue » et fleuve « jaunâtre » pour Frédéric, lumière « grise », « malade » de l’éclairage urbain qui transforme la rue en « un gros mélange de coton sale » recouvrant « une plaie triste » pour Ferdinand.

Ces notations rejoignent la tonalité des extraits de Zola et de Le Clézio qui évoquent la légende noire des grandes cités, à savoir leur saleté, leur pollution, leur insalubrité et leur insécurité. Gervaise perçoit des façades lépreuses, des odeurs pestilentielles, des « coins sombres, noirs d’humidité et d’ordure ». Elle a surtout entendu les « cris d’assassinés » dans les terrains vagues au-delà des fortifications si bien qu’elle imagine son compagnon poignardé comme d’autres sans doute. Lalla parcourt des rues désertes, à la différence des trois autres textes. Tout y est menaçant : le bas des murs qui abrite des « recoins pourris », « les chiens « au poil hérissé » qui grognent, les ouvertures équipées de barreaux, les volets tirés, « les maisons [qui] semblent abandonnées ». De même, à la différence des trois autres textes, nous avons affaire à une ville qui baigne dans une atmosphère funèbre à cause du froid et de l’obscurité des intérieurs. Le terme « mort » est d’ailleurs repris trois fois, on peut lui ajouter celui de « tombeau ».

Ces textes, s’ils sont des témoignages sur l’univers urbain de leur temps, traduisent surtout les choix romanesques et esthétiques de leurs auteurs. Flaubert, écrivain réaliste, cherche à créer des effets de réel par des observations contrastées et précises, sinon pittoresquement triviales. Zola, en auteur naturaliste, cultive volontiers les aspects laids, voire répugnants, du spectacle de la ville. Céline exprime ses désillusions sur le monde nouveau, né après le premier conflit mondial et symbolisé par l’Amérique pour sa composante économique. Le Clézio, quant à lui, amoureux des grands espaces où l’esprit humain peut vibrer avec l’univers, stigmatise la ville dans laquelle l’homme se dissout.

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2. Quels sentiments des personnages ces descriptions reflètent-elles ? (3 points)

Le romancier utilise la focalisation interne ou omnisciente pour nous livrer, au travers de regards typés par les sentiments, une vision du monde en accord avec la progression de l’intrigue, la vérité psychologique et ses propres choix esthétiques. Dans ces quatre textes, les personnages romanesques se voient donc déléguer la peinture significative de divers milieux urbains par leurs créateurs respectifs.

Frédéric, épris passionnément de Mme Arnoux, se révèle joyeux, optimiste, obnubilé. Son regard est attiré par tout ce qui peut lui rappeler son amour. Flaubert se moque ironiquement de cet enthousiasme juvénile sans nuance : ainsi, la Seine, « jaunâtre », diffuse une fraîcheur sans doute suspecte que le héros « aspir[e] de toutes ses forces ». Il « savour[e]  ce  bon  air  de  Paris qui semble contenir des effluves amoureux et des émanations intellectuelles », alors que tous les auteurs du temps (dont Zola dans le texte B) ont souligné ses relents nauséabonds.

Gervaise attend au petit matin son amant Auguste Lantier qui, pour la première fois, n’est pas rentré de la nuit. Elle ne veut pas croire à une infidélité et se demande donc ce qui a pu arriver à l’ouvrier qui a découché. Elle est habitée par la crainte que son compagnon ait fait une mauvaise rencontre, « la peur d[e] découvrir le corps de Lantier, le ventre troué de coups de couteau ». Elle voit donc la mort partout. Ce sont les bouchers « en tabliers sanglants », l’abattoir d’où émane « une odeur fauve de bêtes massacrées », et enfin « le mur de l’octroi, derrière lequel, la nuit, elle  entendait parfois des cris d’assassinés ». Sa peur colore ses perceptions et amplifie le pessimisme de ses pensées.

Ferdinand Bardamu, traumatisé par la grande boucherie du premier conflit mondial dont il a réchappé par miracle, a été attiré par le rêve américain. Désormais, il doute de tout et se réfugie dans un nihilisme goguenard pour se protéger d’un désespoir absolu. Il se voit dans un trou « avec nous au fond ». Les rues n’aboutissent nulle part, elles donnent sur « le bout qu’on ne voit jamais, le bout de toutes les rues du monde ». Le héros refuse de s’extasier devant le « quartier précieux », celui des banques qu’il dénigre comme le temple de l’or et du dieu-Dollar pourvu d’une majuscule. Il dénonce l’exploitation des employés « tristes et mal payés », les premières victimes du capitalisme triomphant, ainsi que celle des clients qui viennent honteusement déposer leur argent comme le fardeau de leurs péchés. La triste désillusion, la colère de Bardamu conditionnent et expliquent ce regard décapant.

Lalla, descendante de ces hommes bleus du désert saharien, a toujours connu l’ivresse panthéiste des grands espaces et la liberté du nomade, même dans son bidonville marocain. Obligée d’émigrer en France, arrivée à Marseille, elle ne peut que souffrir de ces horizons limités, de ce désert humain, de cette « vie chez les esclaves ». C’est pourquoi elle étouffe, souffre de sa solitude et éprouve une peur panique devant les murs épais de la cité méditerranéenne. Tout y évoque la prison : les « grillages », les « barreaux », les volets fermés, c’est-à-dire la privation de la liberté. Tout rappelle la mort : le froid humide, les ténèbres des intérieurs, les caves qui rappellent les caveaux funéraires, jusqu’à « l’étrange dôme rose qu’elle aime bien » mais qui, ce jour-là, a pris des allures de « tombeau ». Les origines de Lalla expliquent son incapacité à se fondre dans une culture étrangère et son perpétuel désir de fuite.

Tous ces regards portés sur la ville révèlent donc la psychologie des personnages romanesques autant que la vision du monde de leur créateur.

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