1997
2000
2002
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2003
« Mme de Chevreuse n’avait plus même de restes de beauté quand je l’ai connue. Je n’ai jamais vu qu’elle en qui la vivacité suppléât le jugement. Elle lui donnait même assez souvent des ouvertures si brillantes, qu’elles paraissaient comme des éclairs ; et si sages, qu’elles n’eussent pas été désavouées par les plus grands hommes de tous les siècles. Ce mérite toutefois ne fut que d’occasion. Si elle fût venue dans un siècle où il n’y eût point eu d’affaires, elle n’eût pas seulement imaginé qu’il y en pût avoir. Si le prieur des chartreux lui eût plu, elle eût été solitaire de bonne foi. M. de Lorraine, qui s’y attacha, la jeta dans les affaires ; le duc de Buchinchan et le comte de Holland l’y entretinrent ; M. de Châteauneuf l’y amusa . Elle s’y abandonna, parce qu’elle s’abandonnait à tout ce qui plaisait à celui qu’elle aimait. Elle aimait sans choix, et purement parce qu’il fallait qu’elle aimât quelqu’un. Il n’était pas même difficile de lui donner, de partie faite, un amant ; mais dès qu’elle l’avait pris, elle l’aimait uniquement et fidèlement. Elle nous a avoué, à Mme de Rhodes et à moi, que par un caprice, ce disait-elle, de la fortune, elle n’avait jamais aimé le mieux ce qu’elle avait estimé le plus, à la réserve toutefois, ajouta-t-elle, du pauvre Buchinchan. Son dévouement à sa passion, que l’on pouvait dire éternelle quoiqu’elle changeât d’objet, n’empêchait pas qu’une mouche ne lui donnât quelquefois des distractions ; mais elle en revenait toujours avec des emportements qui les faisaient trouver agréables. Jamais personne n’a fait moins d’attention sur les périls, et jamais femme n’a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs : elle ne reconnaissait que celui de plaire à son amant. »
Cardinal de Retz, Mémoires, seconde partie.
- Lexicologie (2 points)
- Étudiez les mots : foi ; uniquement.
- Grammaire (8 points)
- a) Étudiez le morphème de, du début du texte jusqu’à « de bonne foi ». (5 points)
- b) Faites les remarques nécessaires sur : « Je n’ai jamais vu qu’elle en qui la vivacité suppléât le jugement. » (3 points)
- Stylistique (10 points)
- Étude stylistique du texte.
2004 et 2005
- Rendez-vous sur le site Univ-lemans.fr
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2007
Les Chercheuses de poux
Quand le front de l’enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l’essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.
Elles assoient l’enfant devant une croisée
Grande ouverte où l’air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.
Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés,
Et qu’interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.
Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d’harmonica qui pourrait délirer ;
L’enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.Rimbaud, Poésies (1871).
- Lexicologie : étude des mots « terribles » et « indolences ».
- Grammaire :
- Étude des formes verbales à l’infinitif et au participe.
- Remarques sur « Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes ».
2008
Enfin éclata mon premier sentiment d’admiration : il fut provoqué par les applaudissements frénétiques des spectateurs. J’y mêlai les miens en tâchant de les prolonger, afin que, par reconnaissance, la Berma se surpassant, je fusse certain de l’avoir entendue dans un de ses meilleurs jours. Ce qui est du reste curieux, c’est que le moment où se déchaîna cet enthousiasme du public fut, je l’ai su depuis, celui où la Berma a une de ses plus belles trouvailles. Il semble que certaines réalités transcendantes émettent autour d’elles des rayons auxquels la foule est sensible. C’est ainsi que, par exemple, quand un événement se produit, quand à la frontière une armée est en danger, ou battue, ou victorieuse, les nouvelles assez obscures qu’on reçoit et d’où l’homme cultivé ne sait pas tirer grand-chose, excitent dans la foule une émotion qui le surprend et dans laquelle, une fois que les experts l’ont mis au courant de la véritable situation militaire, il reconnaît la perception par le peuple de cette "aura" qui entoure les grands événements et qui peut être visible à des centaines de kilomètres. On apprend la victoire, ou après coup quand la guerre est finie, ou tout de suite par la joie du concierge. On découvre un trait génial du jeu de la Berma huit jours après l’avoir entendue, par la critique, ou sur le coup, par les acclamations du parterre. Mais cette connaissance immédiate de la foule étant mêlée à cent autres toutes erronées, les applaudissement tombaient le plus souvent à faux, sans compter qu’ils étaient mécaniquement soulevés par la force des applaudissements antérieurs, comme dans une tempête, une fois que la mer a été suffisamment remuée, elle continue à grossir, même si le vent ne s’accroît plus. N’importe, au fur et à mesure que j’applaudissais, il me semblait que la Berma avait mieux joué.
Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, 1918.
Questions
1. Lexicologie (2 points)
Étudiez les mots : se surpassant ; trouvailles.
2. Grammaire (8 points)
a) Étudiez les constructions du verbe être (6 points)
b) Faites toutes les remarques que vous jugerez nécessaires sur : « N’importe, au fur et à mesure que j’applaudissais, il me semblait que la Berma avait mieux joué. » (2 points)
3. Stylistique (10 points)
Vous ferez une étude stylistique du texte.
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F. Calas et D.-R. Charbonneau, Méthode du commentaire stylistique, A. Colin.
B. Franco, Réussir le Capes et l’Agrégation de lettres modernes, A. Colin.
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